Philippe JOSSE, un budgétaire intégral

Date de mise à jour 
19/11/2019

À l’honneur cette semaine de notre série « Portraits de budgétaires depuis 1919 », Philippe JOSSE, ancien directeur du Budget, actuel président adjoint de la section des finances du Conseil d'État.

Le Sénat, d’abord…

Diplômé de l'Institut d'études politiques (IEP) de Paris (1981), ancien élève de l'École nationale d'administration (promotion « Victor Schoelcher »), Philippe JOSSE commence sa carrière professionnelle au Sénat, où il exerce successivement, de 1984 à 1993, les fonctions d’administrateur à la commission des finances du Sénat, puis administrateur au service de la séance du Sénat.

Un 1er passage à la direction du Budget

Il rejoint la direction du Budget en 1996, affecté au bureau 5A (défense, mer, construction navale) en qualité d’adjoint de chef de bureau. Il dirige ce même bureau en 2000, avant de devenir secrétaire général du Syndicat des transports parisiens (STP), devenu en décembre 2000 le Syndicat des transports d'Île-de-France (STIF) ; fonction qu’il exerce jusqu’en 2002.

Une grande expérience en cabinet ministériel

De 2002 à 2003, Philippe JOSSE assume les fonctions de conseiller (synthèse budgétaire) au cabinet du ministre délégué au Budget, Alain LAMBERT, parallèlement conseiller au cabinet du ministre de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, Francis Mer. Il est ensuite (2003-2004) directeur-adjoint de ce même cabinet,  puis directeur-adjoint du cabinet du ministre de l'Emploi, du Travail et de la Cohésion sociale, Jean-Louis Borloo et enfin directeur du cabinet du ministre délégué au Budget et à la Réforme budgétaire, Jean-François Copé (2004-2005), tout en étant parallèlement directeur adjoint du cabinet du ministre de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, Hervé Gaymard, puis Thierry Breton.

Retour à la direction du Budget

De 2006 à 2011, Philippe JOSSE est directeur du Budget.

Le Conseil d’État

En 2011, Philippe JOSSE est nommé conseiller d’État. Depuis 2012, il est membre du comité d'audit interne des services du Premier ministre. Il est également, depuis 2013, membre du comité d'audit interne du ministère de la Culture et de celui des ministères économiques et financiers.

Philippe JOSSE est en 2017-2018, membre du comité « Action publique 2022 ». Il est depuis 2018, président adjoint de la section des finances du Conseil d'État.

La direction du Budget : « Pour vous, c’est quoi être budgétaire ? »

Philippe JOSSE : « On a coutume de résumer cela en quelques images d’Épinal, comme celle du moine soldat. Mais le métier ne peut pas se définir uniquement par l’engagement sans faille des budgétaires. Être budgétaire, c’est d’abord réunir des compétences, en commençant par celle de connaître les politiques publiques et de comprendre comment elles fonctionnent, pour proposer de les faire évoluer...
Lorsque j’étais directeur, j’avais mis en place un exercice nouveau, complétant les traditionnels travaux de prospective à l’hiver, les « déterminants de la dépense ». Chaque bureau devait décrire, pour les politiques publiques dont il était chargé, comment se formait la dépense. Par exemple, pour une prestation sociale, cas le plus simple, quels sont les effets volumes (nombre de bénéficiaires) et les effets prix (montant moyen de la prestation) qui aboutissent à la dépense. Cela suppose aussi de retracer les changements législatifs ou réglementaires qui expliquent les évolutions dans le temps et, in fine, de s’interroger sur les leviers les plus pertinents pour maîtriser la dépense. De fil en aiguille en raisonnant ainsi, on finit par comprendre les ressorts fins de la dépense et par être plus efficaces pour analyser les solutions possibles et proposer aux politiques des clés pour infléchir la dépense.

Plus le temps passe, moins je crois que ce sont les crédits qui font la dépense : c’est l’inverse ! La politique budgétaire, c’est bien, en dernière analyse, d’agir sur les ressorts profonds qui expliquent la dépense.

Cela suppose bien sûr de raisonner un peu finement en fonction de la nature de la dépense. Il faut commencer par répartir celle-ci entre les dépenses de guichet, qui se prêtent bien à l’analyse « prix-volume » décrite plus haut, les dépenses « d’appareil productif », pour lesquelles les variables pertinentes sont les effectifs, et les coûts associés, avec souvent de l’immobilier et des coûts SI, et, enfin, les dépenses discrétionnaires. Mais, comme je le disais à l’instant, ces dernières sont très minoritaires, et c’est pour cela que ce sont les dépenses qui font les crédits plutôt que l’inverse.

Être budgétaire, c’est aussi accepter la nécessité du temps long. La temporalité de l’action publique est longue. Pour faire une réforme et obtenir des économies, il faut accepter que cela prenne du temps entre la conception, la conviction et la bonne mise en œuvre. C’est aussi pour cela que j’ai aussi cherché à développer la pluriannualité budgétaire.

Enfin, un budgétaire c’est quelqu’un qui ne se décourage pas, qui  comprend la difficulté des choses et ne sous-estime pas la difficulté de la réforme ; il faut voir les oppositions et les résistances, imaginer des chemins pour les surmonter et convaincre. Ce qui rend le métier passionnant, mais aussi, tout le monde le sait, un peu frustrant….»

La DB : « Quelle grande réforme, quelle politique publique à laquelle vous avez contribué vous laisse un souvenir marquant ? »

PJ : « En 2007-2008, quand on a mis en place à la fois le budget triennal, la révision générale des politiques publiques, qui permettait de faire des économies structurelles et les lois de programmation des finances publiques. Une année pleine de succès dans un certain nombre de domaines. La crise est malheureusement arrivée en octobre 2008 et cela a été un peu plus difficile ensuite... »

La DB : « Un de vos regrets, si c’était à refaire ? »

PJ : « Je regrette de ne pas avoir réussi à convaincre de la nécessité de regrouper le budget de l’État et celui de la sécurité sociale en un seul texte, une réforme essentielle qu’il faudra bien faire un jour.

Avec ces deux textes financiers parallèles mais qui doivent pourtant se rencontrer, et je le constate encore aujourd’hui dans mes fonctions consultatives au Conseil d’État, on perd beaucoup trop de temps à s’occuper de tuyauterie, de relations financières croisées entre ces deux entités alors que ce qui compte, c’est la dépense ultime, peu importe par où elle transite. Nos concitoyens se préoccupent assez peu de savoir si les moyens ont été autorisés par tel ou tel texte, ils se préoccupent du résultat. »

La DB : « Votre talent insoupçonné, votre passion, une expérience de vie insolite ? »

PJ : « Pour me détendre, je fais des alexandrins et parfois, dans les grandes occasions, des octosyllabes. Ainsi, lorsque j’ai quitté la DB, j’ai fait une partie de mon discours de départ en octosyllabes. Je ne sais pas si la direction l’a gardé dans ses archives, pour ma part je ne l’ai pas retrouvé…. Mais, quoi qu’il en soit, je ne pense pas qu’il figurera dans le Lagarde et Michard du XXIe siècle, s’il existe un jour ! »