Xavier HÜRSTEL, grand ancien de la direction du Budget, aujourd’hui Executive Directeur de Sopra Steria

Date de mise à jour 
04/09/2019

À l’honneur cette semaine de notre série « Portraits de budgétaires depuis 1919 », Xavier HÜRSTEL, actuel Executive Director de Sopra Steria, et ancien PDG du PMU.

Diplômé de l’École Nationale d’Administration (1995 – promotion René CHAR) après avoir été diplômé de l'IEP de Paris et de l'université Paris-Dauphine, Xavier HÜRSTEL rejoint la direction du Budget comme administrateur civil en qualité d’adjoint aux chefs des bureaux 2A (politique salariale et des emplois publics)  puis 1D (recettes). Attaché financier au sein de la représentation permanente de la France auprès de l'Union européenne à Bruxelles (1999-2002), puis conseiller du ministre des Finances, du ministre délégué au Budget puis au sein du cabinet du Premier ministre (2002-2006), il revient en 2006 à la direction du Budget en qualité de sous-directeur de la 2e sous-direction.

En 2008, il rejoint le PMU en tant qu'administrateur et directeur général délégué, pour en devenir le Président-directeur général en 2014.

En 2017, il intègre le cabinet Sopra Steria, où il occupe successivement les fonctions de Chief Executive Transformation & People Management Officer puis d’Executive Director en 2018.

La direction du Budget : « Pour vous, c’est quoi être budgétaire ? »

Xavier HÜRSTEL : « Quand je suis sorti de l’ENA en 1995, j’hésitais, avec mon camarade Jean d’Haussonville, actuellement directeur du domaine national de Chambord, entre le Quai d’Orsay et le Budget. Le ministre des Affaires étrangères était alors Alain Juppé et son directeur de cabinet, un certain Dominique de Villepin, avait eu des paroles martiales devant la promotion pour recruter (« la diplomatie de l’heure du thé, c’est fini… »). Les postes offerts étaient ainsi à Alger (quelques semaines après le détournement d’un Airbus d’Air France entre Alger et Marseille), Kaboul et Ankara…

Nous avions alors été rencontrer Augustin de Romanet, notre professeur de finances publiques à l’ENA, qui était adjoint au bureau de synthèse, dirigé par Pierre Mariani. Il avait eu cette formule à la fois lucide et mystérieuse : « si tu es budgétaire, vas au Quai d’Orsay, ça leur fera du bien et si tu te sens diplomate, viens au Budget, ça leur fera du bien… ».

Je crois que la qualité première d’un budgétaire est d’aimer comprendre le fonctionnement précis des politiques publiques pour se demander systématiquement comment faire mieux avec moins. Mais, à la différence des démarches comparables que l’on pratique et déploie dans le monde de l’entreprise pour améliorer un résultat financier, le budgétaire le fait car il considère, consciemment ou inconsciemment, soit par sens du service public soit par détestation de l’impôt, que l’argent public est une ressource rare, voire sacrée.

Sa mission de gardien du temple fait de lui, dans toute réunion interministérielle à Matignon, celui qui, du fait de son jeune âge, est placé au bout de la table comme dans les déjeuners de famille et qui pose à un moment la question qui fâche parfois mais qui ennuie souvent : « on a un sujet sur le financement de la mesure… ».

Le budgétaire ne lâche jamais. Les qualités de diplomate sont cependant essentielles au budgétaire et ce sont peut-être celles qui leur manquent parfois. Il ne s’agit pas seulement de savoir conclure un accord avec un ministère. Il s’agit aussi d’avoir l’intuition politique que les économies sont aussi là pour financer les priorités. Il ne faut pas ainsi tenter de lutter contre les priorités mais, au contraire, s’en faire un levier de gestion vertueuse pour économiser l’argent public. En effet, une priorité qui n’est pas financée par une économie n’est de fait pas une priorité, c’est juste une stratification supplémentaire de la dépense.

La DB : « Quelle grande réforme, quelle politique publique à laquelle vous avez contribué vous laisse un souvenir marquant ? »

XH : « Je me souviens, comme d’un baptême du feu politique et budgétaire passionnant, de l’annonce et de la mise en œuvre du plan JUPPÉ à l’automne 1995 sur la réforme de la Sécurité sociale. J’étais arrivé à la direction du Budget en mars 1995, quelques mois auparavant, au bureau qui suivait la politique sociale et salariale des entreprises publiques à la 2e sous-direction (PCM). Réforme des régimes spéciaux de retraite comme du régime général, pilotage global des dépenses maladie avec la création de la LFSS, réforme des budgets des hôpitaux, réforme de la médecine de ville… Le tout avec un effet de sidération qui avait surpris tout le monde.

On sait quelles ont été ensuite les réactions politiques et syndicales à ces annonces (et l’éclosion du vélo dans Paris qui date précisément de cette période). L’ensemble de ces mesures ont finalement toutes été mises en œuvre par les gouvernements successifs, quel que soit leur bord politique.

Mais le sujet le plus marquant auquel j’ai participé a été en 1997, à la première sous-direction, la participation à la négociation du Pacte de stabilité et la qualification pour l’entrée dans l’euro. J’ai fait partie de la délégation qui a négocié chaque semaine à Bruxelles entre janvier et juillet 1997 le règlement communautaire sur les déficits publics excessifs, communément appelé ensuite « Pacte de stabilité ». La délégation était conduite par François VILLEROY DE GALHAU, alors conseiller financier à la Représentation permanente de la France auprès de l’UE.

Un des moments historiques a été la séance de négociation du lundi qui a suivi la victoire électorale, post-dissolution, de la coalition socialiste et où François nous avait dit de ne prendre aucune position, faute de Gouvernement en France et donc de mandat sur un sujet qui, de plus, avait été au cœur de la campagne.

La DB : « Un de vos regrets, si c’était à refaire ? »

XH : « En termes de communication, je suis toujours effondré que les journalistes et les observateurs utilisent toujours, en cas de crise, le terme : « l’État a débloqué des crédits… ». Comme si l’État était assis sur une caisse pleine qu’il n’ouvrait qu’avec parcimonie ! On devrait dire systématiquement « l’État a emprunté pour… ».

Plus sérieusement, je trouve que la politique de décentralisation a été globalement un échec de l’État central. Nous avons déconcentré des moyens de manière non homogène avec la déconcentration des pouvoirs. Le principe de subsidiarité a été assez peu respecté. L’illisibilité politique du système est in fine financièrement déresponsabilisante et explique à mes yeux une des causes des récents mouvements sociaux ainsi que de la défiance croissante relevée envers les élus. »

La DB : « Votre talent insoupçonné, votre passion, une expérience de vie insolite ? »

XH : « S’il y a bien une deuxième vie possible après le Budget, il faut déjà souhaiter que tous en aient une aussi à côté du Budget…

J’ai rejoint en 2017 le COMEX de la 3e ESN (entreprise de services numérique) française, SopraSteria. Elle résulte de la fusion de deux SSII françaises, Sopra et Steria, toutes deux créées il y a une cinquantaine d’année. Un des fondateurs de Steria, Éric HAYAT, me racontait que la toute première facture émise par la start up Steria en 1969 était pour le Budget. Les deux créateurs avaient alors proposé (et gagné) l’automatisation des « bleus ». Par ailleurs, ils avaient utilisé pour présenter cela devant le directeur du Budget, Renaud DE LA GENIÈRE, un paper board. Un peu décalé à l’époque dans les bureaux à dorures du Louvre… LA GENIÈRE n’en avait jamais vu et avait été très frappé par cet « outil », que Steria consentit à lui laisser. Quelle ne fut pas la surprise des deux créateurs de Steria en voyant, quelques mois après, le ministre des finances, Valéry GISCARD d’ESTAING, utiliser à la télévision ce même paper board pour sa démonstration… »