Vincent MOREAU, chef du service des finances et des achats au secrétariat général du ministère de la Justice

Date de mise à jour 
17/06/2019

À l’honneur cette semaine de notre série « Portraits de budgétaires depuis 1919 », Vincent MOREAU, ancien sous-directeur des 3e et 5e sous-directions de la direction du Budget, aujourd’hui chef du service des finances et des achats au secrétariat général du ministère de la Justice.

L’exercice budgétaire, fil conducteur d’une riche carrière administrative

Vincent Moreau a effectué l’essentiel de sa carrière dans la sphère budgétaire. Il rejoint la direction du Budget en 2002 à sa sortie de l’ENA. Il a successivement occupé les postes d’adjoint au chef du bureau 4C (recherche et développement) et puis du bureau 2BPSS (politique salariale et statuts). Après une mobilité à la SNCF entre 2006 et 2008, il devient chef du bureau 8BJM (justice et médias), puis sous-directeur de la 3e sous-direction (éducation nationale, enseignement supérieur et recherche, industrie, énergie, innovation) entre 2011 et 2015 et sous-directeur de la 5e sous-direction (intérieur, collectivités locales, services du Premier ministre) entre 2015 et 2017. Il est depuis mai 2017 chef du service des finances et des achats au secrétariat général du ministère de la Justice.

La direction du Budget : « Pour vous, c’est quoi être budgétaire ? »

Vincent MOREAU : « Être budgétaire, c’est combiner une très grande exigence technique, une rigueur extrême dans l’analyse et dans la tenue des positions avec une nécessaire souplesse et une capacité d’adaptation, indispensables pour intégrer l’environnement ou le contexte politique, le budget n’étant pas une fin en soi mais un instrument au service des politiques publiques. C’est aussi la capacité à avoir la vision la plus large possible d’un problème, sans rester enfermé dans une seule dimension, et je vois à quel point ce réflexe de budgétaire m’est précieux aujourd’hui, même dans des activités qui ne sont pas strictement budgétaires. »

La DB : « Quelle grande réforme, quelle politique publique à laquelle vous avez contribué vous laisse un souvenir marquant ? »

VM : « Grâce à mon long parcours à la DB, j’ai eu la chance de contribuer à de nombreuses politiques publiques. D’un strict point de vue budgétaire, je ne suis pas certain que mon parcours ait été couronné de succès, car beaucoup de secteurs étaient marqués par des créations importantes d’emplois (éducation nationale, police, gendarmerie, défense, et je poursuis maintenant à la justice !), reportant d’autant les efforts de maîtrise de l’emploi public sur les collègues des autres sous-directions.

Je retiens quand même une politique publique qui m’a marquée : la réforme du secteur des lanceurs spatiaux après l’échec du vol 517 d’Ariane 6, peu de temps après mon arrivée à la DB. Être immédiatement plongé dans des enjeux aussi stratégiques dès sa sortie de l’ENA est sans aucun doute une expérience inoubliable.

Toutes aussi inoubliables sont aussi les visites que j’ai eu l’occasion de faire lors de mon passage à la DB, comme celle d’établissements pénitentiaires ou un embarquement à bord d’un sous-marin nucléaire lanceur d’engins. »

La DB : « Un de vos regrets, si c’était à refaire ? »

VM : « Le premier, c’est de ne pas avoir réussi, lorsque je m’occupais de ce budget, à corriger la sous-budgétisation importante du budget de l’Éducation nationale, alors que la somme nécessaire avait été provisionnée dans l’esquisse, l’arbitre ayant préféré recycler ce montant pour autre chose. Il a fallu plusieurs années ensuite pour se départir de ce mauvais effet base.

Le second, c’est que la réforme de la dotation globale de fonctionnement des communes, à laquelle la DB avait fortement contribué durant un an, n’ait pu aboutir, peut-être par manque de courage politique.

La DB est une école d’humilité. Des gains à court terme peuvent avoir des effets délétères à long terme alors que des demi-succès peuvent avoir des effets très structurants et positifs à long terme. Et surtout, in fine, ce sont les politiques qui décident, et c’est heureux ainsi. Mais ces deux regrets m’interpellent quand même sur notre capacité collective à mener à leur terme des réformes ambitieuses, qui nécessitent toujours un certain courage, et sur notre difficulté à sortir d’un jeu d’acteurs pour travailler ensemble au service de l’intérêt général. »

La DB : « Votre talent insoupçonné, votre passion, une expérience de vie insolite ? »

VM : « Après des journées, parfois un peu longues, passées à relire des tableaux Excel pas toujours justes ou à jouer un rôle convenu dans des conférences budgétaires ou en réunion interministérielle, durant lesquelles ce sont toujours les mêmes arguments qui sont échangés, j’aime enchaîner les longueurs de natation. Une autre métaphore du budgétaire ? Un effort d’endurance, souvent solitaire, dans un environnement qui nécessite d’être toujours en mouvement pour pouvoir avancer sans se noyer. Mais quelle satisfaction quand on arrive à ses fins. La récompense est toujours à la hauteur de l’effort accompli. »