Vincent FELLER, conseiller-maître à la première chambre de la Cour des comptes

Date de mise à jour 
30/07/2019

À l’honneur cette semaine de notre série « Portraits de budgétaires depuis 1919 », Vincent FELLER, conseiller-maître à la première chambre de la Cour des comptes.

Diplômé de l’École Nationale d’Administration (1984), Vincent FELLER rejoint la direction du Budget en 1984, en qualité d’adjoint au chef du bureau 2A (politique générale d’emploi et de rémunérations du secteur public). En 1986, il change de bureau et poursuit ses fonctions d’adjoint au bureau 3B (éducation nationale, enseignement supérieur, jeunesse et sports et tourisme), jusqu’en 1988. Vincent FELLER, au titre de sa mobilité, exerce les fonctions d’attaché financier auprès de l’ambassade de France en Allemagne, de 1988 à 1990. Il retrouve la direction du Budget en 1990, et devient chef du bureau 3D, puis 3C (culture, grandes opérations d‘architecture et d’urbanisme, secteur audiovisuel public), jusqu’en 1995.

Il quitte la direction pour la Cour des comptes, en 1995. Conseiller référendaire de la quatrième chambre de 1995 à 1999, Vincent FELLER exerce les fonctions d’adjoint au directeur de l'audit externe de la FAO et du Programme alimentaire mondial de 1999 à 2000. Il œuvre pour la sixième chambre de la Cour, à nouveau comme conseiller référendaire, de 2000 à 2002, puis devient avocat général de 2002 à 2012.

Depuis 2013, Vincent FELLER est conseiller-maître à la première chambre de la Cour.

 

La direction du Budget : « Pour vous, c’est quoi être budgétaire ? »

Vincent FELLER : « C’est allier sens de l’engagement, disponibilité, rigueur, maîtrise des procédures, capacité d’investissement sur des questions complexes, rapidité de réaction, goût du travail en équipe, bonne expression écrite et orale et… sens de la diplomatie.

La direction du Budget m’a, dans tous ces domaines, donné le temps des apprentissages et du perfectionnement. Il est vrai qu’à l’époque, on s’y engageait, à de rares exceptions près, pour au moins dix ans. »

La DB : « Quelle grande réforme, quelle politique publique à laquelle vous avez contribué vous laisse un souvenir marquant ? »

VF : « Au regard des équilibres budgétaires, les grands chantiers culturels conduits de 1981 à 1995 ne représentaient pas des enjeux financiers considérables. Il n’en allait pas de même pour le budget de la culture. Dès la planification de ces investissements, la question de leur gestion future a préoccupé la direction du Budget. Elle a très vite conclu qu’en matière muséale, la gestion en régie directe par l’État, conjuguée à l’affectation des droits d’entrée à un établissement public organisant les expositions temporaires et contribuant à l’acquisition d’œuvres d’art ne permettrait pas d’accueillir le public dans les meilleures conditions. La direction a ainsi joué un rôle déterminant dans la transformation du musée du Louvre en établissement public maîtrisant ses recettes, responsable de l’accueil des publics et ayant autorité sur ses personnels. J’ai eu la chance de contribuer à cet accomplissement et de voir créer l’établissement en décembre 1992. Par la suite, le ministère de la Culture qui s’était longtemps et fermement opposé à cette évolution a, de lui-même, transformé les grands musées nationaux en établissements publics. »

La DB : « Un de vos regrets, si c’était à refaire ? »

VF : « La grande difficulté du métier de budgétaire est de parvenir à concilier les nécessités de l’action immédiate avec les préoccupations de préservation à long terme des intérêts financiers de l’État.

En matière d’audiovisuel public par exemple, j’avais dans mon portefeuille une entreprise publique de production qui a coûté au budget de l’État environ 150 000 € par jour pendant les 4 années et demie où j’ai été chef du bureau « culture ». Respectueux des consignes initiales du sous-directeur : « C’est une entreprise de premier rang, laissez le Trésor piloter ce dossier », le bureau n’a pas recherché d’emblée les moyens de céder ou de de fermer cette entreprise qui n’était pas viable et pour laquelle il a fallu constamment chercher à dégager des sources de financement dans des conditions parfois acrobatiques, tout en justifiant à la Commission de Bruxelles que ces aides renouvelées allaient remettre l’entreprise d’aplomb. Je reste encore aujourd’hui convaincu qu’un rang de priorité plus élevé donné à ce dossier aurait permis de soulager le budget de ces sommes dépensées en pure perte. »

La DB : « Votre talent insoupçonné, votre passion, une expérience de vie insolite ? »

VF : « La direction du Budget est sans doute l’un des rares endroits de l’État où l’on puisse, en marge des activités de ses agents, mais aussi au service de celles-ci, assouvir une passion pour l’histoire et la sociologie de l’administration et de la décision publique. J’y ai ainsi appris comment se forment les doctrines administratives, comment s’élaborent les textes normatifs, comment fonctionnent et décident les entourages ministériels, le Gouvernement dans son ensemble, ainsi qu’à travers de nombreux débats parlementaires comment fonctionnent les deux chambres du Parlement. C’est un apprentissage inestimable et je reste redevable à la direction du Budget de tout ce que j’y ai appris. C’est également elle qui m’a permis de vivre en mobilité en Allemagne, en 1989-1990, l’extraordinaire événement qu’a constitué la réunification pacifique et ordonnée de ce pays et de participer à l’information des pouvoirs publics français, au jour le jour de la manière dont l’administration allemande construisait les dispositifs administratifs et budgétaires qui ont rendu possible cette l’absorption d’un État par un autre. »