Véronique BÉDAGUE, directrice générale déléguée, membre du comité exécutif du groupe Nexity, chargée du pôle client « Entreprise et Collectivités »

Date de mise à jour 
07/10/2019

À l’honneur cette semaine de notre série « Portraits de budgétaires depuis 1919 », Véronique BÉDAGUE, ancienne cheffe de bureau à la direction du Budget, aujourd'hui directrice générale déléguée, membre du comité exécutif du groupe Nexity, chargée du pôle client « Entreprise et Collectivités ».

Diplômée de Sciences-Po Paris et de l’ESSEC, promotion Jean Monnet à l’ENA, Véronique Bédague commence sa carrière, en 1990, à la direction du Budget où elle occupe le poste d’adjointe au chef du bureau 4A (Budgets des ministères de l’Industrie, du Commerce, et de l’Artisanat). En 1992, elle devient adjointe au chef du bureau 1A (Budgets des charges communes et comptes spéciaux du Trésor. Synthèses budgétaires et lois de finances).

Économiste auprès du Fonds monétaire international à Washington de 1994 à 1997, elle revient à la direction du Budget, après sa mobilité, et occupe le poste de cheffe de bureau 3B (budgets des ministères de l’Education nationale, de l’enseignement supérieur, de la Jeunesse et des Sports), puis celui de cheffe de bureau 6B (politique de transferts sociaux, régime général de la sécurité sociale, politique de la santé, budget annexe des prestations sociales agricoles, BAPSA) jusqu’en 2000.

Elle devient ensuite conseillère technique (synthèse budgétaire) au cabinet du ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie, Laurent Fabius et de la secrétaire d’Etat au Budget, Florence Parly. Elle poursuit sa carrière à la Ville de Paris de 2002 à 2014 en qualité de directrice des finances et des affaires économiques (2002-2003) puis directrice des finances (2003-2008) et enfin secrétaire générale (2008-2014). Elle devient directrice de cabinet du Premier ministre, Manuel Valls, poste qu’elle occupe de 2014 à 2016.

Véronique Bédague, est aujourd'hui directrice générale déléguée, membre du comité exécutif, du groupe Nexity, chargée du pôle client Entreprise et Collectivités »,

 

La direction du Budget : « Pour vous, c’est quoi être budgétaire ?  »

Véronique Bédague : Les budgétaires partagent au moins trois qualités qui ont d’ailleurs marqué mon parcours, même après être partie de la Direction du Budget.

L’intérêt pour l’action publique et le goût de la stratégie.

La direction du Budget est un des rares endroits de l’Etat où l’on doit connaître tout le fonctionnement de l’Etat. Lorsque j’ai présidé CAP22, j’ai été frappée par le nombre d’anciens budgétaires autour de la table. Ils n’étaient pas là parce qu’ils sont budgétaires, mais bien parce qu’ils ont tous une vraie capacité à regarder et comprendre l’action publique.

Quand je suis rentrée à la DB j’ai commencé à l’industrie puis je suis allée à la synthèse, je suis ensuite retournée à un bureau sectoriel sur l’Education nationale pour finir par le social. A l’époque nous avions beaucoup d’exercices collectifs qui conduisaient à nous intéresser à toute l’action publique. Quand je suis arrivée à Matignon, alors que je n’étais plus dans le service public depuis un moment, cette expérience m’a servie. Un bon budgétaire c’est aussi quelqu’un qui a le goût de la stratégie et, contrairement à ce que tout le monde pense, c’est quelqu’un de très créatif. Ce qui peut ne pas être intuitif pour les gens de l’extérieur je vous l’accorde. Un mauvais budgétaire est celui qui dit non tout le temps.

Nos tableaux carrés

Cela peut paraitre anecdotique, mais c’est absolument clé : nos tableaux sont carrés, précis et justes. C’est une vraie force dans l’exercice budgétaire car beaucoup de décisions s’appuient sur un tableau de chiffres. Cette éducation est une exigence très forte chez les budgétaires qui n’est pas si partagée que cela.

Respect du délai

Un budgétaire sait remettre les éléments en temps et en heure pas 3 jours ou une semaine après. C’est un savoir-faire qui sert toute la vie.

La DB : « Quelle grande réforme, quelle politique publique à laquelle vous avez contribué vous laisse un souvenir marquant ? »

VB : J’ai deux souvenirs. Tout d’abord, lorsque je suis arrivée au cabinet de Laurent Fabius, j’étais chargée de la LOLF. C’était une très belle histoire. Je revenais du Fond Monétaire International et j’étais imprégnée des grandes réformes anglo-saxonnes. Cette expérience a été passionnante mais a provoqué quelques débats avec la Direction du Budget car elle ne voulait ni de la LOLF ni de la procédure. Laurent Fabius avait décidé que l’on passerait le projet au Parlement sans amendement du gouvernement, ce qui nous avait alors obligés à être créatifs pour convaincre. Cette réforme avait pour but de responsabiliser les dirigeants publics, seul moyen pour continuer à recruter de très bons éléments dans la Fonction publique et répondre à la demande du citoyen. Derrière cette réforme a été monté un instrument technocratique qui a produit l’inverse de ce qui était attendu.

Deuxième souvenir, quand je suis sortie de l’ENA, j’étais au bureau de l’Industrie à la DB et le ministère dont j’avais la charge avait réussi à me convaincre qu’il était utile de créer des écoles des mines supplémentaires (création de l’école des mines d’Albi-Carmaux en 1993). Il y avait une vraie demande d’ingénieurs à cette époque – rapport à l’appui. On a ainsi réussi, avec les collègues du ministère de l’Industrie, à redéployer ce qu’il fallait au sein de leur budget pour qu’il n’y ait pas d’arbitrage budgétaire sur ces deux créations d’écoles. Il faut savoir le faire quand c’est nécessaire.  

La DB : « Un de vos regrets, si c’était à refaire ? »

VB : Je n’ai pas de regret, je ne regarde pas derrière, j’avance. Mais plutôt qu’un regret, un souhait. Je ne sais pas où en est la DB sur le sujet du management. Mais je pense qu’elle a tout à gagner en accordant beaucoup plus de confiance dans les managers publics. La libération des capacités managériales est le meilleur moyen pour aboutir au résultat recherché. J’en ai toujours été convaincue et je le suis encore plus aujourd’hui en dirigeant des équipes au sein d’une grande entreprise. La culture du résultat y est très forte. Mais j’ai une vraie « capacité à faire ».

Il y a une méfiance historique de la DB qui reste dans une relation de contrôle. Il faut laisser le champ libre aux managers et les responsabiliser sinon cela peut être très décourageant. Il faut aussi accepter de se dire que les économies les plus intelligentes, les moins coûteuses politiquement, peuvent venir de managers que l’on met en position de manager.

La DB : « Votre talent insoupçonné, votre passion, une expérience de vie insolite ? »

VB : Ma passion, c’est la fabrique de la ville. C’est ce que j’ai adoré faire quand j’étais à la Ville de Paris et ce que je mets en œuvre aujourd’hui chez Nexity. Penser la ville de demain, les services aux usagers, aménager des quartiers, construire un immobilier durable qui dise quelque chose sur la société d’aujourd’hui tout en anticipant sa résilience demain, voir des entreprises prendre possession de leur nouveaux bureaux, accueillir de nouveaux habitants dans leurs logements : voilà ma passion au quotidien !