Portrait de Michel Prada, directeur du Budget de 1986 à 1988

Date de mise à jour 
09/07/2019

À l’honneur cette semaine de notre série « Portraits de budgétaires depuis 1919 », Michel Prada, ancien directeur de la Comptabilité publique (1978-1985) et du Budget (1986-1988) au ministère des Finances.

Michel Prada est Inspecteur général des Finances Honoraire. Après avoir dirigé le Budget, il a été président du directoire du crédit d’équipement des petites et moyennes entreprises  de 1988 à 1995. Il devient ensuite Président de la C.O.B et de l’Autorité des marchés financiers de 1995 à 2008. En 2009, il occupe la présidence du Conseil de normalisation des comptes publics puis celle du board of trustees de l’International Valuation Standard Council de 2009 à 2011 et enfin celle du board of trustees de la fondation IFRS (International Financial Reporting Standards) de 2012-2018.

 

Pour vous, c’est quoi être budgétaire ?

En allant du général au particulier, je pense que le « budgétaire » doit être à la fois capable :

  • d’intégrer et de synthétiser les données « macro » (correcte adéquation des ressources et des emplois dans le contexte économique de l’entité considérée, à la fois dans le cadre de l’annualité et dans la perspective de la soutenabilité à moyen terme),
  • d’anticiper, de mesurer, et de couvrir les risques (on parlait autrefois de « menaces » !),
  • d’apprécier la pertinence des demandes des « dépensiers » en termes de plausibilité et d’exhaustivité des évaluations,  de rapport « coûts-avantages »,
  • consécutivement, de proposer les économies possibles et les « phasages » souhaitables ou nécessaires,
  • de « négocier » et de préparer les arbitrages aux différents niveaux,
  • enfin, de suivre l’exécution pour s’assurer du respect du budget et s’enrichir de l’information associée.

Quelle grande réforme, quelle politique publique à laquelle vous avez contribué vous laisse un souvenir marquant ?

J’en citerai trois.

La politique de retour à l’équilibre entre 1986 et 1988, conduite par Edouard Balladur et Alain Juppé, et fondée sur une « règle d’or » (l’objectif d’équilibre hors charge de la dette ramenant le déficit de 150 à 100 Mds de Francs en trois ans, qui aurait dû être suivie d’une stabilisation du rapport « déficit sur PIB » à 1,1% en 1991…)  et sur une méthode de budget « base zéro ».

La politique de privatisation, cantonnant l’usage des produits à la réduction de la dette et à la recapitalisation des entreprises du secteur public, à l’exclusion de toute facilité de financement des dépenses courantes (rigueur fondée, mais sans doute mal comprise par les électeurs d’une France « accroc » à la dépense publique et à la dette…).

La politique de déconcentration dans les années 70, nécessitant un rapprochement bienvenu des comptables du Trésor et des contrôleurs financiers qui préfigurait la grande réforme des « CBCM », ainsi qu’un progrès significatif des systèmes d’information permettant de suivre la séquence des opérations depuis le vote des crédits jusqu’à l’exécution de la dépense.

Un de vos regrets, si c’était à refaire ?

Avoir trop attendu pour doter la France d’un système comptable « patrimonial » permettant d’éclairer les choix budgétaires, notamment par une meilleure prise en compte des besoins d’entretien et de renouvellement des infrastructures et des équipements publics. Ce chantier, désormais bien engagé, reste néanmoins ouvert et nous sommes loin d’avoir tiré tout le bénéfice des progrès accomplis.

Votre talent insoupçonné, votre passion, une expérience de vie insolite ?

Le budgétaire peut-il avoir un jardin secret ?

S’il faut l’ouvrir au public, le mien comporte un accès à la mer et résonne de musique…

Je rêve encore de pécher le bar au « loup » dans les brisants de la côte aquitaine avec des marins d’exception, de « tracer » la sole dans les « esteys » du Bassin d’Arcachon et de naviguer entre Espagne et « Scillies », mais le temps qui passe m’encourage désormais à chercher refuge dans l’écoute de la musique et dans la pratique -en modeste amateur- du violoncelle…