Jérôme FOURNEL, directeur général des finances publiques

Date de mise à jour 
12/12/2019

À l’honneur aujourd’hui de notre série « Portraits de budgétaires depuis 1919 », Jérôme FOURNEL, directeur général des finances publiques.

Jérôme FOURNEL est diplômé de l'Ecole des hautes études commerciales (HEC), titulaire d'un diplôme d'études appliquées (DEA) de droit public (1991), et ancien élève de l'Ecole nationale d'administration (promotion « René CHAR »).

Jérôme FOURNEL rejoint  la direction du Budget en 1995, en qualité d’adjoint au chef du bureau 4 C (budget civil de la recherche et du développement).

En 1996, toujours à la direction du Budget, il devient adjoint au chef de bureau 4 B (transports et entreprises de transport).

De 1999 à 2002, il est détaché auprès du ministère des Affaires étrangères en qualité de consultant et d'économiste en finances publiques au département "fiscal affairs" du Fonds monétaire international (FMI).

En 2002, Jérôme FOURNEL connaît une première expérience en cabinet ministériel, et devient conseiller (budget et réforme de l'Etat) au cabinet du ministre de la Jeunesse, de l'Education nationale et de la Recherche (Luc FERRY).

Il rejoint Matignon en 2004 et assure les fonctions de conseiller budgétaire au cabinet du Premier ministre Jean-Pierre RAFFARIN, puis conseiller budgétaire responsable du pôle économique auprès de Dominique de VILLEPIN jusqu’en 2007.

Jérôme FOURNEL est nommé, en 2007, directeur général des douanes et des droits indirects.

Détaché en 2013 détaché dans l'emploi d'inspecteur général des finances, il devient, en 2015, président du Conseil d'orientation de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.

De 2017 à 2019, Jérôme FOURNEL est directeur du cabinet du ministre de l'Action et des Comptes publics, Gérald DARMANIN.

Depuis mai 2019, Jérôme FOURNEL exerce les fonctions de directeur général des finances publiques.

 

La direction du Budget : « Pour vous, c’est quoi être budgétaire ?  »

Jérôme FOURNEL : «Être budgétaire, c’est un mélange de plusieurs métiers. Si l’on peut faire un parallèle, je dirais que c’est être à la fois architecte, parce que l’on construit, on imagine des réformes ; c’est être aussi avocat, parce qu’il faut porter/défendre l’économie envisagée, ou le projet à financer ; et enfin, parfois, c’est aussi être « démolisseur », quand on sait que le projet initial n’a pas été conçu correctement et qu’il faut savoir revenir dessus.

Si l’on revient à cette idée que le budgétaire a une part d’avocat en lui, qu’il défend des causes versus une autre, une économie là où personne ne veut en faire, il prend aussi du plaisir dans sa plaidoirie car être budgétaire, c’est aussi participer au financement d’un investissement, d’un dispositif bien ficelé tout autant que de contribuer à l’abandon d’un projet mal ficelé dès le départ. »

Être budgétaire, c’est aussi le reflet de plusieurs qualités. C’est à la fois être rigoureux, innovant, persévérant et habile. Et puis, disons-le, pour être un budgétaire heureux,  il faut toujours avoir au fond de soi cette idée que l’argent de l’Etat est celui de tous les français.

Il faut aussi se protéger et se mettre à distance de soi-même. Il y a une constance à la DB, ce rêve d’être le dernier « qui éteindra les lumières ». Ce rêve peut néanmoins devenir un cauchemar si on se disait que l’on gagnait tous les arbitrages. Être à la DB, cela rend assez joyeux, si l’on garde à l’esprit qu’en perdant des arbitrages, on aide, aussi, à faire émerger des joies. »

 

La DB : « Quelle grande réforme, quelle politique publique à laquelle vous avez contribué vous laisse un souvenir marquant ? »

JF : « J’ai énormément de souvenirs magiques à la DB. J’ai commencé au bureau recherche et spatial au moment où les décisions se prenaient en Conseil des ministres sur la station spatiale internationale.

Je me rappelle d’une note, où je comparaisce chantier à celui des pyramides d’Egypte en recourrant à al seule unité commune possible, celle du nombre d’heures homme mobilisé, c’était passionnant.

Si je devais, a contrario, évoquer un projet auquel la DB a contribué à mettre fin, ce serait l’annulation d’un projet de satellite de recherches,  qui était remonté jusqu’au Premier ministre. A cette occasion, je ne me suis pas fait que des amis dans la communauté scientifique.

Quand je travaillais au sein du bureau des transports, j’ai participé à la réforme de séparation de la SNCF et RFF. A l’époque, je travaillais avec Elisabeth BORNE, sous directrice au ministère des transports, et Emmanuel MOULIN, alors à la DGT. Le sujet majeur portait déjà sur le désendettement et sur le bon fonctionnement de l’entreprise. Comme quoi, il y a des sujets cycliques !

J’ai aussi pu contribuer à de très beaux projets et visiter le chantier du METEOR de la ligne 14, d’EOLE, mais aussi du chantier TGV Méditerranée.

J’ai un souvenir particulièrement fort de la réforme sur les transports d’Île-de-France, où j’avais construit le modèle initial, qui a connu par la suite une belle prospérité. L’idée était de faire basculer le régime de subvention d’équilibre de l’époque en un mécanisme contractuel  responsabilisant les entreprises SNCF IdF et RATP.   Cela a été un beau projet porté par la DB qui a rencontré un écho favorable chez les partenaires.

Enfin, je garde en mémoire une demande toute particulière : proposer très rapidement un amendement pour remplacer un système de redevances aéroportuaires par une taxe. J’ai dû trouver une solution en 2 heures, et rédiger un projet d’amendement, porté ensuite à Denis Morin, alors directeur de cabinet, puis voté.»

 

La DB : « Un de vos regrets, si c’était à refaire ? »

JF : «De ma période à la DB, je n’ai ni regret, ni remords !

C’est plus tard, quand j’étais en cabinet ministériel, que ce soit à l’Education nationale, à Matignon, ou dans les autres directions de Bercy. J’ai connu des satisfactions, notamment avec la réflexion sur la pluriannualisation du Budget sous Dominique de Villepin, ou l’émergence dans le débat de l’importance de la dette publique avec Thierry  Breton. A l’époque déjà, ou plus récemment,  le fait de ramener le déficit public sous la barre des 3%. En revanche, il existe bien-sûr des dossiers pour lesquels j’ai le sentiment que « nous n’y sommes pas arrivés », qu’il s’agisse d’une vraie pluriannualité de leur budget et de la responsabilisation des ministères qui doit en découler.

Le budgétaire est habité par le fait que l’argent public est celui des français, que cet argent relève de nos impôts, que ce soit sous forme de dette future ou d’impôts immédiats. Je crains que cette prise de conscience-là soit encore relativement faible. Il y a dans l’esprit collectif l’idée d’une poche intermédiaire qui est toujours pleine qui s’appelle l’Etat ; mais les citoyens et contribuables oublient tout simplement que l’Etat, c’est eux.

La DB est un endroit où je me suis énormément plu, avec des collègues qui sont restés des amis depuis 25 ans, et  où je n’ai eu que des bons souvenirs. »

 

La DB : « Votre talent insoupçonné, votre passion, une expérience de vie insolite ? »

JF : « J’ai une passion pour le jardinage.

J’ai eu une expérience assez insolite lorsque j’ai fait ma mobilité au FMI ; je n’y ai eu que des souvenirs extraordinaires. Si je ne devais en citer qu’un, ce serait l’un de mes séjours en Afrique où je me suis retrouvé au milieu du lac Malawi, sur un catamaran au milieu des hippopotames. C’est aussi ça la DB : on peut être seul, entouré de plein d’hippopotames…  »