Jean-Paul HUCHON, ancien président de la région Île-de-France (1998-2015), aujourd’hui professeur adjoint à HEC Paris où il enseigne les institutions et la gouvernance publiques

Date de mise à jour 
04/11/2019

À l’honneur cette semaine de notre série « Portraits de budgétaires depuis 1919 », Jean-Paul HUCHON, ancien président de la région Île-de-France (1998-2015), aujourd’hui professeur adjoint à HEC Paris où il enseigne les institutions et la gouvernance publiques.

Jean-Paul Huchon est diplômé de l’IEP de Paris, et ancien élève de l’École nationale d’administration (promotion Thomas MORE). Haut fonctionnaire, Jean-Paul HUCHON est également un homme politique.

Il débute sa carrière à la direction du Budget en tant qu’administrateur civil au bureau 6B en 1971. Il effectue sa mobilité en novembre 1975 au ministère de du Travail, puis rejoint le ministère de la Santé et de la Sécurité Sociale, pour travailler sur les fonds européens. Parallèlement à ses fonctions administratives, Jean-Paul HUCHON mène une carrière politique.  Il devient ainsi conseiller municipal, puis premier adjoint de Conflans-Sainte-Honorine en 1977.

En 1978, Jean-Paul Huchon revient à la direction du Budget où il occupe le poste de chef du bureau 6D (agriculture et affaires européennes). Il devient directeur de cabinet du ministre du Plan et de l’Aménagement du territoire (Michel ROCARD), qu’il suit pour exercer les mêmes fonctions au ministère de l’Agriculture, en 1983.

De 1985 à 1986, il est directeur général de la Caisse nationale du Crédit agricole. Il est jusqu’en 1988 directeur général adjoint de la société Exor SA.

Il occupe le poste de directeur de cabinet de Michel Rocard, alors Premier ministre, de 1988 à 1991. Dans le même temps, il est réélu adjoint au maire de Conflans-Sainte-Honorine.

De 1991 à 1993 il est directeur général du groupe Printemps, qui devient Pinault-Printemps en 1993 et conseille François PINAULT.

En 1994, il succède à Michel ROCARD à la mairie de Conflans Saint-Honorine dont il est maire de 1994 à 2001.

De 1995 à 2004 il est vice-président et directeur général délégué du cabinet Progress.

Il devient Président de la région Île-de-France en 1998 et occupe cette fonction jusqu’en 2015.

Depuis 2016, il est professeur adjoint à HEC Paris où il enseigne les institutions et la gouvernance publiques.

La direction du Budget : « Pour vous, c’est quoi être budgétaire ?  »

Jean-Paul HUCHON : « La direction du Budget c’est une rigueur dans la formation, une capacité de travail énorme et un rythme qui est dur à tenir. C’est un système militaire : vous écrivez une note avec 7 tampons, vous êtes sûr de votre coup. C’est une administration formidable pour former un jeune et avoir des responsabilités. Il faut cependant faire attention à la rigueur et à la « gestionnite » qui ne peut que produire des catastrophes. La direction du Budget c’est certainement aussi le seul endroit, avec l’inspection des finances, où l’on peut être propulsé à un poste où l’on discute avec des interlocuteurs à trois niveaux au-dessus du sien mais où vous êtes accepté parce que vous êtes à la direction du Budget. C’est une véritable école de formation. À mon époque, on ne supportait pas que les gens fassent de la politique. On était seulement deux encartés au Parti Socialiste, en 1981.

Pour moi être budgétaire ça ne doit pas être la caricature que l’on a trop souvent en tête et qui dit non à tout ! Cela ne veut pas dire non plus que l’on dit oui à tout et que l’on peut tout faire mais il faut mettre de l’humain dans ce que l’on fait. Lors d’un conflit avec les gendarmes, j’étais alors directeur de cabinet de Michel ROCARD, à Matignon, j’ai le souvenir d’avoir dit à François MITTERRAND « on ne peut pas les « arroser » sinon les policiers vont nous demander la même chose ». Le président de la République me rétorqua : « dans le social, il faut de l’empathie ». »

La DB : « Quelle grande réforme, quelle politique publique à laquelle vous avez contribué vous laisse un souvenir marquant ? »

JP-H : « Lorsque je suis arrivé à la direction du Budget, j’étais administrateur civil, je voulais faire du social à la 6e sous-direction. C’est ainsi que j’ai atterri à 6B. Le raisonnement était stupide de penser que j’y ferai du social !

Je me souviens très bien d’une visite dans le Nord. Il faut se remettre dans le contexte de l’époque, fin des années 1970, où les mineurs étaient tellement abîmés par leur travail qu’ils partaient à la retraite à 47 ans. Je suis donc administrateur des mines et je dois gérer ce dossier des mineurs à qui je suis censé expliquer que l’on va augmenter leur annuité de cotisations. Autant vous dire que c’était mal parti. Le comité d’accueil avait préparé une affiche « le petit freluquet qui veut faire mourir les mineurs plus tôt » alors que j’allais visiter le puit le plus profond de la région à 800 mètres de profondeur, à 4h du matin et où l’on retrouvait un gars tous les mètres pour nous dire où on en était. On a crapahuté durant des heures pour atteindre le fond du puit. J’ai mis 4h à me laver de la suie. J’ai ainsi compris que c’était un métier terrifiant. »

La DB : « Un de vos regrets, si c’était à refaire ? »

JP-H : « Je n’ai pas de regret. Je n’ai que de très beaux souvenirs à la DB. Je garde un excellent souvenir aussi de mon passage au bureau de l’agriculture où j’ai côtoyé tout le monde agricole, c’était passionnant ! Alors que j’étais « l’emmerdeur », mes interlocuteurs tenaient bons. Pour Michel CHARASSE, à l’époque, les paysans c’était un grand ministère alors que la culture ne le préoccupait pas du tout. Nous étions dans un autre contexte qu’actuellement. Je garderai toujours en tête cet article 10 qui stoppait toutes les négociations et renvoyait l’arbitrage à Matignon. Il est certain que mon expérience de budgétaire m’a beaucoup servi quand je suis ensuite parti en cabinet en premier lieu au ministère de l’Agriculture en 1983 auprès de Michel ROCARD et ensuite à Matignon quand celui-ci devint Premier ministre. Quand vous faites 3 années au service du Premier ministre, avoir été budgétaire c’est utile pour concevoir de vraies politiques publiques et surtout pour tenir face à Pierre BÉRÉGOVOY qui était impressionnant et, qui pour le coup, connaissait le budget, contrairement à Michel ROCARD qui n’en n’avait rien à faire et me laissait négocier à sa place. »

La DB : « Votre talent insoupçonné, votre passion, une expérience de vie insolite ? »

JP-H : « J’ai une passion pour le rock’n’roll, que j’ai découvert en 1968. Lorsque j’étais président de la Région Île-de-France j’ai créé le festival Rock en Seine. Aujourd’hui, je poursuis cette passion et dispense des cours d’histoire du rock à l’Institut supérieur de gestion sociale de Paris, une école qui forme au management des jeunes en alternance. »