FRÉDÉRIC GUIN, ancien sous-directeur de la direction du Budget et actuel directeur départemental des finances publiques du Gard

Date de mise à jour 
20/12/2019

À l’honneur aujourd’hui de notre série « Portraits de budgétaires depuis 1919 », Frédéric GUIN, ancien sous-directeur de la direction du Budget, et actuel directeur départemental des finances publiques du Gard.

Frédéric GUIN est diplômé de l’ENA (promotion « Léon GAMBETTA ») et de l’IEP de Paris. Il entre à la direction du Budget à sa sortie de l’ENA en 1993.

Il fait sa mobilité à l’agence régionale de l’hospitalisation de la région PACA.

Frédéric GUIN revient à la DB en tant que chef de bureau (3BEN) puis de 6 BEFP. Il devient sous-directeur de la 3e sous-direction en 2004.

Il devient directeur économique et financier de l’AP-HP en 2006. De 2009 à 2013, il est directeur des affaires financières du Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Il en sera le secrétaire général jusqu’en 2017. Actuellement, Frédéric GUIN est directeur départemental des finances publiques du Gard depuis mai 2018.

 

La direction du Budget : « Pour vous, c’est quoi être budgétaire ? »

Frédéric GUIN : « C’est d’abord vouloir être au cœur d’un acte fondamental de la vie d’un pays démocratique : la préparation et l’exécution du budget de la nation, et ce faisant travailler à l’efficience de l’action publique. C’est aussi développer des compétences et des qualités (rigueur, précision, imagination, conviction)  très recherchées quels que soient les fonctions et les contextes dans lesquels on peut se trouver, après la DB. Mais ce qui distingue le plus le budgétaire dans le monde administratif, c’est l’esprit d’équipe. Je vois encore la DB comme un modèle d’organisation fondée sur une très forte collaboration entre et au sein de chacune de ses composantes, au service d’un même objectif. À la DB, impossible de travailler seul, même sur un domaine d’expertise très spécifique, sans prendre en compte les contraintes générales et les adhérences entre les différents secteurs. On y développe très vite des méthodes de travail fondées sur la solidarité et la coopération, qui deviennent des réflexes naturels, tout en bénéficiant, à tous les niveaux de responsabilité, d’une grande liberté d’initiative et de propositions. Cela aussi marque profondément une vie professionnelle, et, une fois parti de la DB, il est malheureusement très rare de retrouver cet état d’esprit. »

La DB : « Quelle grande réforme, quelle politique publique à laquelle vous avez contribué vous laisse un souvenir marquant ? »

FG : « Sous-directeur à la DB en charge de l’enseignement supérieur dans les années 2004-2006, j’ai eu la chance de conduire des travaux de programmation orientés vers une réforme structurelle de grande ampleur, l’autonomie des Universités. L’idée n’était pas totalement nouvelle, mais ces travaux ont été marquants à plusieurs titres : d’abord par la qualité des équipes de la DB qui y ont participé avec moi ; ensuite parce que l’enjeu de nos propositions dépassait de beaucoup les finalités budgétaires classiques ; enfin parce que ces travaux ont sans doute contribué à faire mûrir une problématique et à préparer la loi sur l’autonomie des Universités de 2007. Devenu DAF du MENESR en 2009, il m’est revenu de négocier avec les Universités leurs crédits de masse salariale, c’est-à-dire les conditions de leur autonomie concrète. L’autonomie des Universités était devenue une réforme aboutie, que la DB a largement soutenue dans ses principes, sinon dans toutes ses modalités techniques et financières. »

La DB : « Un de vos regrets, si c’était à refaire ? »

FG : « Si j’en ai un, il porte sur l’incapacité pour la DB, à de rares exceptions près, à convaincre et à porter la logique de réformes structurelles orientées vers le moyen terme. Cela a été, et je crois reste, un sujet de réflexion permanent, objet de multiples tentatives de réformes de procédures, malheureusement largement inabouties en dehors de quelques exemples de contractualisation avec des ministères et des opérateurs. Cet échec est sans doute une des principales explications de notre faible performance budgétaire depuis 45 ans, en préférant trop souvent les économies faciles et de court terme, voire certaines solutions d’habillage, aux efforts de long terme parfois coûteux à court terme. Naturellement, la DB n’en porte pas seule la responsabilité, mais il est clair que cette dimension stratégique et pluriannuelle n’a pas encore, en France, suscité l’adhésion la plus large. »

La DB : « Votre talent insoupçonné, votre passion, une expérience de vie insolite ? »

FG : « Une expérience de vie que connaissent un jour tous les budgétaires : quitter la DB, après y avoir souvent passé 10 ans ou plus. À ce moment-là se pose toujours la question de ce qu’on veut garder de sa vie d’avant, et de ce qu’il faut changer. Quand on reste dans le domaine budgétaire, mais de l’autre côté, comme ce fut mon cas à l’AP-HP puis au MENESR, on tire évidemment beaucoup de son expérience acquise dans ses précédentes missions.

On reste aussi profondément attaché aux valeurs que défend la DB. Mais on a très vite à se confronter à ce qu’on connaît mal à la DB : l’impact réel des mesures prises au nom d’objectifs budgétaires. De ce point de vue, mon passage à l’AP-HP aura été une expérience profondément marquante : expliquer à des grands patrons ou à des infirmières que la nouvelle tarification à l’activité a créé brutalement 100 M€ de déficit et nécessite quelques efforts d’économies est nettement moins facile que de préparer une PMT ! On comprend vite qu’il va falloir trouver une autre source de conviction et imaginer des solutions, avec toutes les parties prenantes, qui permettent de combiner, dans le cas d’un hôpital, efficience et qualité des soins tout en prenant en compte les conditions de travail des soignants. Qu’il va falloir aussi se confronter à l’exercice d’une tutelle exigeante, impatiente et méconnaissant souvent les conditions réelles de l’activité contrôlée. Finalement, pour un budgétaire, la vie après la DB est bien plus difficile, mais encore plus passionnante. »