Frank MORDACQ, budgétaire historique et acteur majeur de la LOLF

Date de mise à jour 
22/03/2019

À l’honneur cette semaine de notre série « Portraits de budgétaires depuis 1919 », Frank MORDACQ, actuel directeur régional des finances publiques de la région Centre-Val de Loire et du département du Loiret, mais surtout budgétaire « historique », acteur majeur de la conception et de la mise en œuvre de la loi organique relative aux lois de finances (LOLF), et auteur des Finances publiques dans la collection « Que sais-je ? », réédité en 2018.

Une expertise budgétaire au service de l’efficience de la dépense publique et de la modernisation de l’action publique

Frank MORDACQ est jeune administrateur civil lorsqu’il rejoint la direction du Budget en 1985, affecté au bureau 2B chargé des rémunérations et statuts. De 1992 à 2002, après deux années passées à New-York comme attaché financier à la Mission Permanente de la France près les Nations-Unies, il exerce successivement les fonctions de chef de bureau (à l’industrie et l’énergie, aux transports, puis à la synthèse budgétaire), puis de sous-directeur, en 1996, de la politique salariale et de l’emploi dans la fonction publique, puis en 2000 de la synthèse et de la politique budgétaire. En 2001, il devient chef de service de la direction, et dirige, de 2002 à 2005, la direction de la réforme budgétaire qui pilote la mise en œuvre de la LOLF. De 2006 à 2007, Frank MORDACQ est à la tête de la direction générale de la modernisation de l’État (DGME). Sa connaissance et son expertise des questions budgétaires l’amènent, de 2007 à 2017, à assumer les fonctions de contrôleur budgétaire et comptable ministériel (CBCM) respectivement au ministère de l’Économie et des Finances, puis au ministère de la Défense. Depuis novembre 2017, Frank MORDACQ est directeur régional des finances publiques de la région Centre-Val de Loire et du département du Loiret.

La direction du Budget : « Pour vous, c’est quoi être budgétaire ? »

Frank MORDACQ : « Être budgétaire, c’est défendre une cause juste : réduire les déficits et la dette en « traquant » de façon intelligente et raisonnée les dépenses excessives, inutiles ou injustifiées. De ce fait, le budgétaire est un allié objectif de la baisse de la fiscalité. Mais le budgétaire peut aussi être « faire plaisir » en donnant des crédits pour la bonne cause. Être budgétaire, c’est donc proposer et mettre en œuvre des réformes utiles à notre pays et donc œuvrer ainsi pour le bien commun. »

La DB : Quelle grande réforme, quelle politique publique à laquelle vous avez contribué vous laisse un souvenir marquant ? »

FM : « La LOLF bien sûr ! J’ai eu la chance d’être là au bon moment et à la bonne place. Comme chef de service, j’ai animé les discussions compliquées avec les administrateurs de l’Assemblée nationale et du Sénat, puis j'ai suivi toute la discussion parlementaire elle-même en 2001. Ensuite, en tant que directeur de la réforme budgétaire, j’ai pu mettre en œuvre cette réforme de la gestion publique à la tête d’une direction de projet dynamique et innovante, avec la création du comité de pilotage des directeurs des affaires financières (DAF), des forums de responsables de programme, des déplacements dans toutes les régions et, ce qui n’est pas banal dans le monde budgétaire, beaucoup de liberté de communication. Trois années éprouvantes et passionnantes ».

La DB : « Un de vos regrets, si c’était à refaire ? »

FM : « La LOLF, aussi, mais en tant que proposition de loi ! En effet, dès l’annonce politique de la réforme de l’ordonnance de 1959, la direction du Budget avait préparé un texte exhaustif de nouvelle loi organique dans un esprit réformateur. Mais le contexte politique n'a pas permis sa présentation au-delà du cabinet. Et le ministre n’a pas « acheté » l’idée assez nouvelle de présenter le projet de loi de finances (PLF) avant fin juillet, comme les allemands, pour mieux partir en vacances en août ! »

La DB : « Votre talent insoupçonné, votre passion, une expérience de vie insolite ? »

FM : « Une expérience insolite liée à la DB ! Jeune administrateur civil au bureau transports, le budgétaire de la météo vient me demander des crédits pour les îles Éparses. Sur le ton de la plaisanterie, je lui demande d’aller vérifier sur place. Quelques mois après, nous sommes 3 budgétaires à poser le pied sur l’îlot désertique de Tromelin, au milieu de l’Océan Indien (1 km de long sur 500 m de large), où vivent à l’année seulement 2 personnes de la météo pour surveiller l’arrivée des cyclones. Et nous sommes restés bloqués la nuit, dans des conditions de fortune, après avoir assisté à la ponte des tortues sur la plage, et avant que le petit Cesna ne puisse repartir à l’aube, au milieu de la dépression tropicale.

On ne pourrait plus se permettre cela aujourd’hui ; mais j’ai quand même rédigé un très beau rapport sur le financement du centre de prévention des cyclones de l’Océan Indien ! ».