
Comme l’a dit un très éminent responsable de la direction du Budget, il y a entre la Direction et les CBCM, une véritable unité substantielle, définie par des buts communs, et néanmoins une distinction réelle des personnes, des situations, des tâches. Les CBCM sont d’une certaine manière dans la position d’ambassadeurs ou de chefs de Mission Economique dans un pays tiers, mais néanmoins, - faut-il le préciser ? - , ami. Ils ne sont pas en capacité de définir les grands objectifs transversaux de la politique générale de l’État, en l’espèce des finances publiques, mais ils ont un avantage comparatif : celui d’avoir un accès potentiel à des informations internes aux ministères de résidence, de préférence chiffrées (données d’une application ministérielle de gestion, composantes d’un marché, taille d’une liste complémentaire, etc.), parfois seulement informelles et qualitatives.
Avec la direction du Budget, nous avons le même adversaire quotidien : l’asymétrie d’information, qui de plus n’est pas toujours volontaire… Or les CBCM, par leur situation, peuvent contribuer à la limiter. C’est très net pour les opérations d’investissement : il y a une granularité et un phasage qui n’apparaîtront bien que dans l’analyse d’un budget opérationnel de programme (BOP) immobilier par exemple et qui sont déterminants pour la consommation des autorisations d’engagement et des crédits de paiement. De même, quand un ministère affleure ses plafonds d’emplois ou de crédits, tous les actes de gestion comptent. Cela ne signifie pas que les CBCM bouclent la prévision d’exécution, évidemment : mais ils en fournissent néanmoins beaucoup d’éléments et doivent notamment proposer un schéma de fin de gestion après le 2ème compte rendu d’exécution, fin août.
C’est dans ce contexte que prennent place les lettres de mission. L’asymétrie d’information ne sévit pas seulement à l’externe mais est propre à toute grande structure en interne : la coordination n’y est pas automatique. La lettre de mission permet de répartir sur un calendrier agréé des chantiers d’intérêt commun, infra- et/ou supra-annuel (programmation par activités, CIB et CIC par exemple). Les contacts quotidiens avec les bureaux sectoriels sont aussi plus efficaces s’ils s’inscrivent clairement dans le rythme budgétaire et les chantiers de réforme des sous-directions transversales. Enfin, il est clair que l’exigence d’une bonne articulation de nos actions est considérablement accrue dans un contexte de respect absolu des normes de dépenses et d’accélération induite des chantiers de modernisation dans leurs dimensions budgétaire et comptable.
En bref, la lettre de mission contribue à aligner les incitations et à entretenir des relations de confiance, en levant, le cas échéant, certaines ambiguïtés, non pas sur l’essence même de notre mission, mais sur la priorisation des objectifs. Juste une dernière précision pour revenir à l’inspiration trinitaire initiale : dans le terme CBCM, j’englobe bien sûr le département du contrôle budgétaire et le département comptable ministériel…
Sur la mission Justice, nous avons effectivement, avec la direction du Budget, identifié les zones de risques : parmi celles-ci, les dépenses de personnel de l’administration pénitentiaire, l’aide juridictionnelle et le rocher de Sisyphe des frais de justice (460 millions d’euros). Ces derniers forment un ensemble très divers recouvrant aussi bien courrier, traductions, analyses génétiques, écoutes téléphoniques, techniques de géolocalisation, etc. La difficulté est ici que ceux qui décident la dépense sont d’abord très nombreux mais aussi, officiers de police judiciaire ou magistrats, situés en dehors de l’autorité hiérarchique stricte du responsable de programme. Les frais de justice font d’ailleurs l’objet d’une mission de l’inspection générale des finances. Dans sa lettre de mission, le directeur du Budget nous a demandé de lancer à la suite une évaluation des circuits et des procédures, en s’appuyant sur les préconisations de l’Inspection.
La mission de l‘audit et du contrôle interne budgétaires (MACIB) a mené des travaux très puissants sur les aléas budgétaires, de toutes sortes, y compris climatiques. Le ministère de la Justice supporte ainsi les coûts induits par l’inondation de la prison de Draguignan en 2010. On peut penser aussi aux aléas réglementaires, qui ont leur noblesse, si le Gouvernement et le Parlement infléchissent une politique, mais aussi leur servitude, si la mécanique administrative se grippe et retarde la modification des textes, par exemple sur la prise en charge de certaines catégories de jeunes majeurs. Je mentionnerai aussi deux autres aléas, présentant des risques budgétaires importants. Le premier est « l’aléa informatique » : un dispositif statistique, une application de gestion, un équipement de réseau, etc. absolument nécessaires à une réforme, voient leur entrée en production toujours décalée par rapport à un déploiement prévisionnel déjà prudent. Je signalerai aussi les « aléas concurrentiels » dans les marchés. Ils se produisent quand les offres reçues sont moins nombreuses et/ou plus coûteuses qu’anticipées. Mais je dois aussi relever que le ministère de la Justice a beaucoup travaillé cette dernière question et fortement réduit l’imprévision en ce domaine. En tout état de cause, nous devons pouvoir absorber les conséquences de ces risques et, à ce titre, notre feuille de route, établie pour deux ans, tolère une certaine adaptabilité.
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